mercredi 25 juin 2008

lundi 16 juin 2008

samedi 14 juin 2008

mercredi 11 juin 2008

Antoni Casa Ros: "Nous avons une vue limitée de ce qu’est la raison"

A force, on finira par trop se méfier. Un an et demi après Jonathan Littel, et après une fastueuse année 2006-2007 pour sa maison, Richard Millet nous refait le coup de l’écrivain mystérieux chez Gallimard.

Après lecture et vérification d’identité, "Le Théorème d’Almodovar" d’Antoni Casas Ros est un roman du monde autant qu'un roman de transe, la glamour touch' en plus. Un premier roman français très marquant, au sein de cette rentrée de janvier. Interview exclusive d’un auteur caché… et pour cause!

L’homme est né en 1972 en Catalogne française. De père catalan espagnol et de mère italienne. Chez Gallimard, personne ne l’a jamais vu. Car, victime d’un grave accident, il ne montre pas son visage.

Il y a quelques mois, c’est par une agent littéraire barcelonaise, Laure Merle d’Aubigné, que son premier roman est arrivé sur le bureau de Richard Millet, éditeur rue Sébastien-Bottin. Aujourd’hui, l’auteur serait basé à Rome. Bluff orchestré par l'éditeur? A voir. Renseignements pris avec les acteurs de l’affaire, l'histoire paraît réellement crédible.

Mais ce qui achève de convaincre, c’est le fourmillement, le cri, et tout l’imaginaire à l’œuvre dans l'ouvrage. C'est dans la transe et dans le manque qu'on voit le nerf. L'authentique.

Autofiction acceptable

Le narrateur se nomme aussi Antoni Casas Ros. Après un grave accident où il perdit sa compagne et son visage, notre homme vit reclus. Depuis quinze ans -il en a 35. Il médite en solitaire sur la forme et l'informe, la normalité et la monstruosité, le corps et l'esprit, les vertus et les beautés de l'incertitude, les théories newtoniennes de la gravitation et de l'attraction des corpsIl rêve de convertir le monde en équations.

Et il pense souvent à Pedro Almodovar:

"Je ne sais pourquoi, mais je l’imagine dans dix ou quinze ans, fatigué de décrire son monde, totalement désabusé, errant dans la ville à la recherche de quelque chose de nouveau."

Le lecteur se dit alors qu’il aura droit à une autofiction. Il a raison. Mais une autofiction qui fait voler en éclats les paramètres occidentaux du réel et du rapport au temps. Une lecture de l’homme et de la société littérairement acceptable.

Reclus, notre homme n’a plus de vie ("Pour avoir une vie, il faut avoir un visage") et entreprend d’ "écrire l’autobiographie d’un esprit et non celle d’un corps".

Pour continuer à vivre, il y a le rêve. Le cinéaste Almodovar, son travail sur le corps parfait, sur le corps accidenté, sur l’érotisme, sur l’identité sexuelle, font partie des rêves de notre narrateur brisé.

C’est ainsi que Lisa, transsexuel au corps androgyne, devient le cœur et le corps du roman. Lisa est-il sorti d’un film d’Almodovar? Est-elle réellement dans la vie de notre personnage? Au lecteur de lire, et de voir.

C’est en tout cas en caressant Lisa, en bandant pour Lisa, en lui parlant et en l’écoutant, que notre homme accepte la vie sans voir. Et admet une forme de relation qui ne serait plus dans "l’alternative: sentimentalité-indifférence".

Lisa, ainsi que deux ou trois autres fantômes, formeront ce qui sépare notre homme de son passé et de ses peurs, mais aussi ce qui le relit au monde et au futur. Sa vie se glisse dans la fiction d’un autre, comme un deuxième voile pudique et salvateur. Cet autre, c’est Lisa, mais c’est aussi le lecteur. Le roman. Un roman n’est tel que s’il est lecture du monde, et n’est littérature que s’il est un espace. Celui de Casas Ros est cela.

Sexe et religion des mots

"Le Théorème d’Almodovar" est un roman bien tapé, qui se situe sur un imaginaire très "sud-américain": à force de se demander pourquoi on est toujours entre réel et fantasme et où se situe la ligne juste, on ne se le demande plus.

Alors, le livre offre une réflexion sur le statut du corps, du visage. Et de la monstruosité. Et du regard commun:

"Tuer est la réponse de celui qui ne regarde pas et, dans un sens, je suis, à moi tout seul, la figure de proue de la violence. Il y a des périodes de l’histoires où les dictateurs commencent par tuer les monstres, les aliénés, les penseurs, les artistes, comme pour tuer leur regard. On tue ceux qui voient le monde. Les dictateurs ont le regard fixe."

Le personnage de Lisa offrira alors une réflexion sur l’identité de la monstruosité dans le monde moderne, qui rappellera forcément le travail, tout aussi glamour et brise-tabou, de l’Américain Chuck Palahniuk, notamment dans "Monstres Invisibles".

Après le regard, c’est au langage que s’attelle le livre. Le sexe des mots. Leur manque de matérialisme, et surtout de leur pouvoir religieux :

"C’est le grand flou du pouvoir du religieux qui s’immisce jusque dans les définitions. Il faudrait un dictionnaire athée de la langue française, débarrassée de ses colombes, du bien et du mal.

"Un langue qui aurait l’éclat et la dureté d’une lame. Ecrire comme un guerrier pourfend le ciel en sachant qu’il coupe des mots, sectionne des liens douteux, remet en évidence la nudité extrême de l’être".

Roman-transe

"Il y a là, tout près de nous, une galaxie totalement inexplorée, un paysage interne animé de la fièvre de vibre enfin": parvenu à sa moitié, le livre devient une transe, et œuvre vers son but ultime. "Le Théorème d’Almodovar" est, somme toute comme les films du cinéaste, un appel à un éveil artistique qui nous fasse sortir de notre propre corps, de l’image que l’homme a de lui-même. Ce, par l’art, le sexe, et surtout au dépassement.

Car, bien que "l’écrivain est un fuyard qui rêve d’être rattrapé", "Les écrivains sont obligés au réalisme car ils sortent de leur cartable des images mentales alors que la peinture a le droit magnifique de faire violence à notre imaginaire".

La raison pour laquelle, in fine, ce roman surpasse les notions d’autofiction et de roman clinique est non seulement cette transe, mais surtout le fait que l’appel est métaphorique. Il vaut pour la société autant que pour l’individu. Il est pour l’homme occidental, pour ce monde occidental qui se regarde, est anorexique et égoïste, et a le regard fixe.

In fine, Casas Ros, ses personnages, son imaginaire et son langage bannissent la pornographie et appellent à l’érotisme. Reconnaissance et dépassement plus que admiration et obsession.

Puisqu'"au centre du vide, il y a une autre fête" (cette phrase du poète argentin Roberto Juarroz conclue le livre).

Situé quelque part au croisement des travaux de Chloé Delaume, de George Bataille, de Pedro Almodovar et de Palahniuk, "Le théorème d’Almodovar" est un des plus gros coups de coeur du Cabinet de lecture en cette rentrée.

En intriguant sur les conditions de parutions du roman, nous avons interviewé l’auteur. En exclusivité.

Quand avez-vous senti que vous aviez assez de distance avec cet accident pour que cette distance fût créatrice?

Mon roman n’est pas vraiment une autofiction, c’est au contraire un espace dans lequel toutes les dynamiques romanesques se fondent pour créer un espace où le rêve, l’imaginaire et la réalité se mêlent sans cesse.

"Le Théorème" a été pour moi une manière de revenir à la vie, d’échapper à ce que la solitude peut avoir de fatal sans pour autant sortir de cette aire créative fabuleuse crée pour le seul exercice de la littérature.

Cette dynamique m’a permis d’échapper au réalisme autobiographique et de transformer mon accident en une sorte de Cap Canaveral duquel je lance mes fusées.

Quant à la distance, elle est venue, je crois de la traversée du désespoir puis d’une couche encore plus profonde où il ne reste plus que l’organique le plus élémentaire, c’est de ce coma de l’amour que la créativité a germé.

Comme votre roman, le cinéma d’Almodovar (tendance movida comme tendance plus pathos) appelle l’individu -côté psychologique- et toute la société -aspect politique- à sortir de son corps, du regard sur son propre corps, et ce grâce au toucher, à la sensualité, à l’art. A dépasser "l’anorexie de notre culture et de notre civilisation".

Quelles est votre rapport avec des continents qui seraient moins auto-centrés (Asie, Inde, etc.)?

Je ne connais l’Asie qu’à travers ses écrivains, et autant je ne suis pas fasciné par cette sorte d’orientalisme de pacotille qui se trouve étalé partout, autant je suis inspiré par une autre sorte de réalisme que celui de mes grands héros catalans, espagnols et hispano-américains.

C’est ce qui me touche profondément par exemple chez la merveilleuse Yoko Ogawa, cette finesse dans la description du réel qui fait émerger le mystère de l’être.

C’est ce que j’aime aussi chez Haruki Murakami, la lente dérive d’un certain réalisme classique vers des espaces où tout l’être s’engouffre. Il y a dans leur regard une sorte de précision qui fait que l’évènement le plus simple devient l’ouverture qui fait accéder au mystère.

Au final, pensez-vous que la littérature, comme la peinture, puisse à l’heure actuelle "faire violence à notre imaginaire"?

L’imaginaire est comme un muscle. Il se développe en fonction des exercices que nous faisons en nous confrontant à ce qui est plus vaste que nous et les peintres, les musiciens, les écrivains, les artisans sont les derniers fous créatifs d’un univers où la folie semble principalement tournée vers la destruction.

Plus nous nous laissons emporter par l’art, plus notre capacité à voyager dans un espace plus vaste se développe et c’est pour moi dans son essence même un acte politique de la plus grande importance.

Il s’agit d’accéder à un espace où nous ne sommes plus manipulables par ceux qui portent des rêves d’annihilation. La violence faite à notre imaginaire, ce n’est pas celle des artistes mais celle des politiques.

Il y a ce travesti androgyne, le cerf, le statut du visage, le sexe et la religiosité des mots: était-ce là votre entreprise, de faire violence à l’imaginaire occidental, rationnel?

Je tiens la rationalité en profonde estime car je la vois comme une force infinie. L’imaginaire occidental est libéré par le rationnel des chercheurs aussi bien que par celui des artistes. Nous avons souvent une vue limitée de ce qu’est la raison.

La vraie raison échappe à tous les cadres à partir d’un certain niveau de conscience de la masse infinie de l’inconnu. Il y a bien sûr le rationalisme étroit qui n’est là que rassurer, mais il y aussi ce rationalisme fou qui sans cesse va caresser un espace toujours plus vaste et c’est pour cette forme ultime que je milite.

Les mathématiciens, les physiciens, explorent des mondes qui s’agrandissent à mesure qu’ils avancent et cela les rend très modeste. Plutôt qu’une religiosité des mots je parlerais d’une sexualité des mots qui sans cesse entrent en friction avec le mystère sous-jacent des mondes.

Vous êtes vous de père catalan espagnol et de mère italienne. Né en France. Quel est votre rapport avec les cultures de ces trois pays?

C’est une question complexe car elle a été très réactive pour moi. J’ai réagi vivement à l’abandon des sources par mon père et je vois un lien entre le fascisme et la perte de l’essence culturelle qui fait inventer une nouvelle culture pseudo mythique et absurde.

Dans la culture catalane, il y a tous les ferments les plus essentiels de la raison et de l’imaginaire le plus vaste. Ses grands écrivains comme Pere Calders m’ont touchés et déterminés dans ma sensibilité. Il y a aussi un lien très puissant à la terre, à l’âpreté de la vie, à la mer, au ciel, une tentation du voyage lointain qu’on retrouve toujours chez les catalans. C’est une culture âpre.

L’Italie, c’est une autre manière de concevoir l’espace, plus orientée vers la douceur, de par les paysages et vers le plaisir immédiat bien qu’il y ait une profondeur et une tristesse aussi. L’Italie me fait toujours penser à une sorte d’adolescente qui désire tout connaître du monde.

Il y a une capacité de vie qui survit à tous les désastres politiques. Un opéra constant. Et chez des écrivains comme Giosuè Calaciura, une immense créativité.

La France est tout à fait différente, l’intelligence pure y éclot naturellement, comme chez Deleuze. C’est le territoire de la raison. Un peu moins sensuelle, un peu moins folle, un peu plus déprimée mais j’aime cette sorte de limpidité qu’on trouve dans la pensée française.

Je pense que nous sommes dans une phase intermédiaire, que nous allons retrouver une plus grande dynamique culturelle, que nous allons péter les plombs assez vite et là, nous verrons un renouveau créatif important.

Oui, la littérature est une sorte de courant océanique qui permet de passer d’une sphère culturelle à l’autre.

Le Théorème d’Almodovar d’Antoni Casas Ros - éd. Gallimard - 150p., 12.50€.

lundi 2 juin 2008

cimg2769.1212073792.JPG Soit un cerf attendant un spectateur à la sortie d’un cinéma de quartier, une croustade dans le four, un androgyne sur canapé, une femme âgée et un homme au faciès arcimboldien, que se passe-t-il ? Cela dépend. Donnez le tout à, disons, tel ou tel écrivain, il en fera ce qu’on attend de lui. Mais sous la plume d’Antoni Casas Ros, cela donne Le Théorème d’Almodovar (160 pages, 12,50 euros, Gallimard), l’un des premiers romans les plus originaux et les plus séduisants qu’il m’ait été donné de lire depuis le début de l’année. Reprenons. Le défiguré en question souffre de la monstruosité de son visage, composition cubiste en gare de Perpignan, pas une figure mais sa photo bougée, depuis un accident de la route qui a coûté la vie à sa petite amie; il se console dans les bras de Lisa, un transexuel almodovarissime qui lui rend le goût des autres malgré la honte, lui incarnant le chaos et elle le système complexe; à ce stade du dévoilement, il convient de préciser qu’il est justement obsédé par le cinéaste Almodovar; ce qui ne l’empêche pas de dévorer des autobiographies; mais comme il est mathématicien, il met tout en équation, son livre, les gens qui le regardent, les quarks, l’infini, le désir, l’audace, la peur et même dessin5.1212011456.JPGle grand Pedro, tout et tous, sauf peut-être le cerf, celui qu’il a voulu éviter sur cette maudite route la nuit, ce cerf qui le hante et qui aura mis quinze ans à parcourir le trajet Montpellier-Gênes à seule fin de l’attendre à la sortie du cinéma, un samedi soir.

Délirant ? Ainsi présenté, peut-être, mais certainement pas à la lecture tant la maîtrise de ce jeune auteur dont on ne sait à peu près rien est impressionnante. Son récit oscille en permanence sur la crête entre réalité et fantasmagorie. La majesté fugitive du cerf, “manifestation fulgurante de ce qui en nous toujours s’élance vers l’inconnu”, nous poursuit du début à la fin, comme le narrateur puisqu’il cherche dans les corps la noblesse de l’attachant cervidé. Le mise en abîme permanente du roman dans le film à venir est excitante car elle n’est pas pur exercice de style. En route, on croise un père phalangiste catalan et une mère piémontaise assez communiste, l’alcoolisme dans les gênes, les qualités galactiques de l’image corporelle et une citation de Balzac pour sa seule sonorité (“le monde interlope des femmes équivoques”), Aragon sous ses masques, la tentation du suicide et une intense solitude que la fcimg2768.1212073906.JPGréquentation de l’internet brise un peu.

Notre empathie est totale, avec l’homme comme avec la bête, car ils nous font prendre conscience que nous sommes tous plus ou moins emportés par un monde nerveux qui néglige l’attention à l’infime. C’est un roman bref mais qui a du poids et de l’épaisseur. Il est écrit en français et non pas “traduit de” comme le laisse à penser la signature dans un premier temps. On ne sait rien de son auteur mais Lazarillo, un fidèle de ce blog, nous signale la polémique qui vient de naître en Espagne à propos de sa véritable identité (Enrique Vila-Matas ? Eduardo Mendoza ? Sergi Pamiès ?). Pendant les supputations, les travaux continuent, Pedro Almodovar poursuit à Lanzarote le tournage de son nouveau film Los abrazos rotos, et Antoni Casas Ros établit enfin le théorène d’Almodovar :” il suffit de regarder assez longtemps pour transformer l’horreur en beauté”. Ce livre est le coup de maître d’un romancier d’une profonde légèreté qui n’écrit que pour comprendre comment une autre fête peut se trouver au centre de l’espace vide. A suivre, certainement.

(Photos passou, dessin de Jean Rustin)

El enigma del ciervo


TENGO en una estantería de mi estudio la fotografía de un cuadro de Pelayo Ortega titulado Bosque. Sobre un fondo verde azulado hay en él unos troncos negros que surgen del suelo y unos haces de luz neblinosa que surgen del cielo. Entre ambos -troncos y haces- hay al fondo un ciervo misterioso que cruza el silencio y la escena vacía. El cuadro es de 1990 pero si pensamos la vida como una larga sinfonía, de ese movimiento podría haber nacido la imagen -el acorde- de otra escena silenciosa, esta vez cinematográfica. Me refiero a la película The Queen, en el momento en que con su Land-Rover estropeado junto a un lago de Balmoral, la Reina de Inglaterra ve surgir del bosque un ciervo majestuoso, con los ijares humeantes, que la mira, estático y con un aire más solemne todavía que el que pudiera tener Isabel II en la cena que ofreció al presidente Sarkozy y Carla Bruni. Efectivamente: hay en el ciervo una realeza que entronca con la poesía y con el misterio, si es que ambas cosas no participan de lo mismo.
Lo sabían los guerreros antiguos que utilizaban sus astas como estandarte, lo supo Walt Disney al dibujar la escena de la aparición del padre de Bambi tras la muerte de la madre a manos de los cazadores -una escena que forma parte de la educación sentimental de varias generaciones- y lo sabe el pintor Dis Berlin, que es el pintor español que más siluetas de ciervo ha pintado en sus telas y collages: el ciervo como símbolo de felicidad más allá de lo terrenal.
Últimamente se ha incorporado un nuevo ciervo al mundo. El ciervo del recién estrenado novelista Antoni Casas Ros, un hombre del que apenas se sabe nada y se quiere saber más. De padre español y madre italiana, Casas Ros -que escribe en francés- es un hombre sin rostro, como el protagonista de su novela, El teorema de Almodóvar. O mejor: un hombre con el rostro borrado. En su caso, el ciervo no es un símbolo mayestático o de felicidad, sino la causa de su desgracia y la máscara bajo la que oculta su rostro. La desgracia nace en un accidente de automóvil provocado por la súbita aparición de un ciervo en la carretera y acarrea la muerte de la novia de Casas Ros y la muerte del rostro de Casas Ros, confundidos ambos en los protagonistas de El teorema de Almodóvar, publicada ahora en España por Seix-Barral.
La primera vez que supe de él fue hace tres meses. Cenábamos en casa de mi editora, Jacqueline Chambon, cuando el crítico Alexandre Fillon me preguntó si conocía a Casas Ros. Lo siento, pero nunca he oido hablar de él, le contesté. «Pues él habla de ti en su novela -me dijo Fillon-, de ti y de tu libro El mensajero de Argel. Se ha publicado en Gallimard y en poco más de un mes se ha convertido en un verdadero objeto de culto aquí en París. Nadie le conoce. Dicen que vive en Roma y que es matemático. Que comunica con su editor y con la prensa a través de e-mail. Que nació en el Rossellón y no tiene rostro debido a un accidente automovilístico. Como en esa película española, Abre los ojos, su título».
Al día siguiente me regalaron El teorema de Almodóvar y pude comprobar lo que me había contado Fillon y también que su protagonista y el de El mensajero de Argel viven en sendos apartamentos desde donde contemplan los muelles y el lento movimiento de cargueros y transatlánticos. A las dos semanas de mi regreso aparecía en Le Nouvel Observateur una ciberentrevista con Casas Ros, titulada El hombre sin rostro, ilustrada con la fotografía de un hombre de americana y corbata, cuya cabeza era la de un orgulloso ciervo de potente y musgosa corona astada. Pensé en el ciervo de Pelayo Ortega, en la pintura de Dis Berlin, en el padre de Bambi sobre la nieve -primer símbolo generacional del padre ausente-.
Y recordé que, en mi infancia, tuve un jersey con ciervos que me iba grande y luego me fue pequeño, sin interregno de uso, un jersey que jamás pude llevar siendo el jersey que más me gustaba de todos los que tenía. En esa entrevista, Casas Ros decía que la escritura era una especie de bálsamo que él aplicaba sobre su rostro, tremendamente marcado por el accidente. Un rostro, decía, entre la realidad objetiva y el mundo más misterioso de las sombras. Como la literatura, añado yo, y su enigma, basado también, ese enigma, en una repentina disolución del yo.
O de su documento de identidad, entre la realidad objetiva y el misterio del personaje que vive en las sombras, pese a reconstruirse en un mundo que está permanentemente bajo la vigilancia de los focos, de los flashes, de las cámaras.
Porque el enigma del ciervo de Casas Ros -el enigma Casas Ros- va más allá y revolotea en el capricho. Nadie sabe si Casas Ros es Casas Ros, o si es un apócrifo bajo el que se oculta el secreto de otro autor ú otros autores. O mejor: de su deriva nace el empeño exterior de que Casas Ros no sea Casas Ros, sino una máscara sin rostro bajo la que se oculta otro rostro. Como si la voluntad contemporánea de transparencia -la anulación del territorio de lo privado- impidiera la existencia de un misterio cuya realidad no fuera más que la verdadera existencia de Antoni Casas Ros, novelista y personaje al mismo tiempo. Ese hombre que vive en Roma y sólo sale de noche -como El fantasma de la Ópera se ha repetido una y otra vez-, que se comunica con su nuevo mundo -el propiciado por su literatura- vía internet y que dice que Bolaño, Calders, Fresán o Vila-Matas, son algunos de sus escritores favoritos.
Queda claro que Casas Ros no puede ser Roberto Bolaño, ni Pere Calders, por razones obvias, pero voces hay que han apuntado a Enrique Vila-Matas -vacíos, abismos y exploraciones, con Juarroz al fondo-, otras a Fresán, e incluso a Sergi Pàmies -que nació en Francia y escribe en catalán, al revés que Casas Ros- y a Eduardo Mendoza -no sabemos por qué razón-. Como si estuviéramos ante un nuevo Jusep (sic) Torres Campalans, ya saben, aquel pintor que inventó Max Aub en un libro con cuadros incluídos.
Sorprende en el apogeo literario de la llamada autoficción, tanto el escepticismo como la voluntad española de que Casas Ros sea uno de los nuestros.
Por si acaso, Vila-Matas se ha apresurado a desmentir el rumor: «No, no soy Casas Ros. Si queda alguien por ahí que todavía lo sospecha, será mejor que vaya descartando la idea». Mientras tanto, El teorema de Almodóvar, en Francia, hace tiempo que ha cruzado la barrera de los diez mil ejemplares. No sé en España. Lo que sí sé es que ya nunca podré mirar la fotografía de la pintura boscosa de Pelayo Ortega, sin advertir en el ciervo la sombra de Casas Ros y su aventura en un apartamento de Génova, adorando a Newton y vigilando el cruel rostro del mundo, consciente de que en el centro del vacío, hay otra fiesta. La suya. La nuestra porque él -sea quien sea él- así lo ha querido.
Y los días pasan mientras un ciervo -que es un enigma- sigue recorriendo Europa en pos de la sombra de su autor, que es otro enigma, en una sociedad -la occidental- que se resiste a creer en los enigmas, aunque sean minuciosamente descritos en un libro que sólo es literatura. Nada más y nada menos que literatura.