La poétique des corps brisés d’Antoni Casas Ros
Jonattan Frances
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Le corps est au centre de l’écriture d’Antoni Casas Ros.
Ce corps doit être de préférence brisé, mutilé, atomisé - féminin, masculin, androgyne… et derrière les corps, les échos désincarnés des poètes sud-américains, Juarroz en tête (on se souvient du leitmotiv “Au centre du vide, il y a une autre fête” de son premier roman Le théorème d’Almodovar). Ainsi, les 39 ‘nouvelles’ réunies dans le volume intitulé Mort au romantisme mettent en scène ces corps avec et sans organes qui passionnent et fascinent tant l’écrivain défiguré.
On passera sur la pseudo-polémique infertile au possible consistant à se demander qui est véritablement Antoni Casas Ros, pour se concentrer sur ce qui importe: la littérature. Le style de Casas Ros est magnifique. Chacune de ces nouvelles est un petit chef-d’oeuvre d’inventivité et de maîtrise renouvellée de l’écriture. Mort au romantisme est donc à se procurer le plus vite possible, en même temps que le premier roman de l’écrivain catalan, Le théorème d’Almodovar. Le plus dur reste à attendre le prochain roman, intitulé Enigma, qui sera publié par Gallimard. Mais quand?
Romantique, mais pas trop
A.S.A.
17/04/2009 | Le Figaro Magazine
Elles sont très courtes, ces nouvelles. Parfois une demi-page seulement. C'est qu'Antoni Casas Ros a besoin de peu de mots pour installer une atmosphère, inventer un monde, faire vibrer une émotion. L'exigence et la minutie de son écriture servent très bien ses singulières histoires tantôt fantastiques, tantôt réalistes. Oreille, Chaise, Arbre, Infini, décomposition physique, composition autour de l'écriture : autant de tableaux que l'écrivain semble avoir nourris de son observation, tel un peintre devant le monde. On ne s'étonne donc pas que les artistes Frida Kahlo et Balthus soient à l'honneur d'une œuvre qui sonne comme un appel littéraire à l'illusion, seul rempart au désespoir.
Onuma Nemon et les écrivains anonymes
Par Gladys Marivat
www.Menstyle.fr/culture
Onuma Nemon et Antoni Casas Ros : à l'heure, où des maisons d'édition affichent une photo des auteurs en couverture de leur livre, d'autres ont fait le choix de l'ombre. Un masque pour quoi faire ? Réponse avec Onuma Nemon et Antoni Casas Ros.
Le scénario est digne des meilleurs romans d'espionnage. Automne 2007. Richard Millet, éditeur chez Gallimard reçoit un manuscrit d'un agent littéraire barcelonaise prénommée Laure Merle d'Aubigné. Intitulé Le Théorème d'Almodovar, c'est le premier roman d' Antoni Casas Ros. De lui, on sait peu de choses : il est né en 1972 en Catalogne. Aujourd'hui, il vit à Rome. Personne ne l'a jamais vu chez Gallimard. Car comme le narrateur de son roman, il a été défiguré suite à un grave accident de voiture et a décidé de ne pas se montrer. « Je ne sais rien d'autre de lui que ce qu'il veut bien en dire, et je l'accepte comme tel : un écrivain sans visage », confie Richard Millet.
« Pour écrire heureux, écrivons caché», cela pourrait aussi être le mot d'ordre d'Onuma Nemon. Derrière ce pseudo énigmatique, se cache un homme né en 1948, d'origine andalouse et cubaine, auteur d'une œuvre de plusieurs dizaines de milliers de pages, La Cosmologie, commencée il y a 50 ans dont peu d'extraits ont été publiés - on se souvient d'un volume paru chez Tristram il y a dix ans. A l'heure actuelle, il n'existe aucune photo de lui.
Pour Onuma Nemon et Antoni Casas Ros, l'anonymat s'inscrit dans la logique même du travail : ils entendent détourner et bousculer le genre autobiographique pour écrire autre chose, par-delà le réel et la fiction.
«Mon parcours biographique est quelconque, et je ne vois donc pas d'intérêt à l'étaler», explique Onuma Nemon. Un jour, il ressent le besoin de détruire tout ce qui entoure son lieu de travail. « J'ai alors saisi avec violence combien l'individualité excédait le corps ». Onuma Nemon nait de cela : un personnage totalement fictif que l'écrivain voit comme son point d'arrivée, et qui, confie-t-il « l'empêche de se suicider ». A l'auto-fiction, « généralement navrante », il préfère « la transformation des origines...l'anamorphose »
« Casas Ros renouvelle le genre autobiographique par son intransigeance vis-à-vis du spectacle », explique Richard Millet. Dans le Théorème, on ne trouvera ni anecdotes, ni commentaires, mais du fantasme et de l'imaginaire. Une rencontre avec Pedro Almodovar, une aventure avec un transsexuel, l'apparition d'un cerf...Ce conte mythique finit par dépasser, et rend quasi obsolète la distinction réel/fiction.
Plutôt que de faire le récit fidèle de leur vécu, Nemon et Casas Ros se placent du côté de la construction, de la vision, « une recollection de l'inscription de soi » pour écrire quelque chose entre le mythe et la nostalgie, finalement pas si loin de l'expérience intime.
Antoni Casas Ros, Le Théorème d'Almodovar (Gallimard, 2008) et Mort au Romantisme (Gallimard, sortie le 5 mars 2009)
Onuma Nemon, Ogr (Tristram, 1999), Quartiers de ON ! (Verticales, 2004) et Roman (Verticales, 2009)
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1 commentaires:
pour qui sait faire un petit travail de détective , il est aisé de savoir qui se cache derrière onuma nemon et donc de savoir qu'il existe des photographies de cet auteur... quelques indices : karaté, txt, le tas... j'ai carrémment donné la réponse !
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